Eurovision: le point sur les victoires et déboires de la France

Sans l’avantage de sélection automatique pour la finale en tant que pays du « big 5 », la France serait absente du Concours depuis un bon bout de temps… Après la gloire des années 60 et 70 et un regain de brillance au début des années 90, les années 2000 sont jalonnées de rétamages en bonne et due forme. Et ces deux dernières années, c’est franchement la bérézina. Mais pourquoi ? Focus sur le meilleur et le pire de la France au Concours Eurovision et tentatives d’explications, à l’heure où – une fois n’est pas coutume -tous les projecteurs européens semblent tournés vers le candidat français…

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Le meilleur de la France à l’Eurovision

La France a gagné cinq fois, lors des 20 premières années du concours. Certes, c’était un autre temps…

En 1958: André Claveau – « Dors mon amour »

En 1960: Jacqueline Boyer – « Tom Pilibi »

En 1968: Isabelle Aubret – « La Source »

En 1969: Frida Boccara – « Un jour un enfant »

En 1977: Marie Myriam – « L’oiseau et l’enfant »

Depuis, quelques top 5, dont les deuxièmes places successives de 1991 et 1992, avec les chansons « White & black blues » de Joëlle Ursull écrite par Gainsbourg et « C’est le dernier qui a parlé qui a raison » d’Amina.

1991: Joëlle Ursull – « White & black blues »

1992: Amina – « C’est le dernier qui a parlé au a raison »

En 1993, Patrick Fiori termine quatrième avec « Mama Corsica ».

1993: Patrick Fiori – « Mama Corsica »

Même position pour Natasha Saint-Pier en 2001 avec « Je n’ai que mon âme ».

2001: Natasha Saint-Pier – « Je n’ai que mon âme »

Et finalement, en 2002, c’est une certaine Sandrine François qui finit cinquième avec « Il faut du temps ».

2002: Sandrine François – « Il faut du temps »

Puis, terminés ! Depuis lors, notre meilleur score est la huitième place de Patricia Kaas en 2009, avec « S’il fallait le faire ». D’ailleurs, si elle avait su, elle se serait sans doute abstenue…

2009: Patricia Kaas – « Et s’il fallait le faire »

La France fait partie du « big 5 », à savoir le groupe des cinq plus gros financeurs du Concours, avec l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne et le Royaume-Uni. L’avantage : ces pays ne sont pas tenus de passer le cap des demi-finales et sont donc d’office sélectionnés pour la grande finale. Ceci, contrairement aux 42 autres nations candidates, dont seulement la moitié sont retenues pour le grand soir. Sans cette garantie de sélection automatique pour la finale, la France y serait absente depuis belle lurette… Depuis 2012 c’est carrément le fond du panier puisqu’elle stagne lamentablement en queue de peloton, entre la 22ème et 26ème position…

Le pire du pire: 2014 et 2015

En 2014, l’hexagone a dû vivre avec effroi l’humiliante dernière position des « Twin-Twin » avec deux malheureux points, octroyés respectivement par la Suède et la Finlande… le pire score bleu-blanc-rouge de toute l’histoire du Concours Eurovision. Le soir du live, les chanteurs du groupe ont sauté et hurlé sur scène comme des hystériques, d’où leur essoufflement et leurs faussetés dignes d’une session de karaoké entre potes éméchés à 6 heures du mat’. Même si leur extrême sympathie avaient conquis le coeur des délégations et équipes organisatrices sur place à Copenhague, la prestation fut implacablement, inexorablement ratée.

Twin-twin

Le groupe Twin-Twin pour la France en 2014

Dans un tout autre registre: la désolante antépénultième place de Lisa Angel en 2015. Chanter les ravages de la guerre en robe de deuil dans une scénographie dépressive, ce n’était pas forcément la meilleure idée pour vendre du rêve aux européens. Résultat: le bas du classement avec 4 points – 3 points de l’Arménie et 1 point de Saint-Marin -, juste devant l’Allemagne et l’Autriche (chacun à égalité avec o points : il y a donc eu pire que la France…).

Lisa Angell - ESC 2015 - Vienna

Lisa Angel pour la France en 2015 – Crédit photo: Vincent Bayer @eurovision.lovers.com

«Nous n’avons pas d’alliés géopolitiques» clament les détracteurs du concours, Stéphane Bern en tête. Voilà bien l’argument type des mauvais perdants. Bien sûr qu’il y a des affinités culturelles au moment des votes. Bien sûr que le Danemark, la Suède, la Norvège et la Finlande se renvoient chaque année des «twelve points» d’amour. Sans compter les votes de complaisance entre pays des Balkans, Espagne et Portugal, Allemagne, Suisse et Autriche, et on en passe… Depuis le lancement du concours, ces copinages ont toujours existé. Mais au bout du compte tout s’équilibre, et c’est quand même toujours le meilleur qui gagne. Les esprits les plus étriqués dans leur protectionnisme exacerbé accusent les pays de l’Est de rafler tous les points. Faux. Sur les onze victoires de la décennie écoulée, on ne compte que trois pays de l’Est…

Mo-der-ni-té

Admettons-le une bonne fois pour toutes : si la France se rétame, c’est parce qu’elle fait de mauvais choix, coincée dans la nostalgie de sa dernière victoire en 1977. Comme si l’esprit de « L’Oiseau et l’Enfant » devait régner pour l’éternité.

Marie_Myriam_-_L'oiseau_et_l'enfant

Or, en faisant l’effort d’analyser objectivement la réalité du show dans sa tenue actuelle, on ne peut qu’en constater l’indiscutable modernité.

Exemple qui contredit les idées reçues : la Belgique, qui n’a pas plus d’alliés que la France, mais s’est tout de même hissée en quatrième position en 2015. Un succès qui s’explique par la singularité du jeune Loïc Nottet, qui a créé la surprise avec son « Rhythm Inside », un titre frais et novateur qu’il a lui-même écrit, composé, chorégraphié et artistiquement dirigé.

Dans la foulée de l’Eurovision 2015, son management a eu l’excellente idée de le faire concourir à l’émission « Danse avec les Stars » sur TF1, qu’il a remporté haut la main. Ou comment battre le fer eurovisionnesque tant qu’il est encore chaud.

Cette année, une fois n’est pas coutume, France 2 opte pour un titre pop joyeux et dans l’air du temps. Amir Haddad a été choisi parmi une énorme liste de candidats, amateurs et professionnels. Le choix s’est fait entre responsables d’émissions musicales de France Télévisions et son Président Vincent Meslet, aussi Directeur de France 2. Il semblerait que la chaîne ait enfin revu sa copie…

8 réflexions au sujet de « Eurovision: le point sur les victoires et déboires de la France »

  1. Ping : Politique, l’Eurovision? Non, mais c’est ce qu’ils voudraient… | Eurovision lovers

  2. Bonjour,

    Oups une petite erreur dans l’article. Isabelle Aubret n’a pas gagné en 1968 avec « La Source » mais a fini 3éme.
    C’est plus tôt, en 1962 qu’elle remporte le concours avec « Un premier amour ».
    Sinon le reste de l’article est très bien.

    Olivier

  3. Malheureusement, je crains que J’Ai Cherché soit bien trop frais pour espérer un top 3. Il n’y a pas cette petite distance qui plait beaucoup aux européens le jour J. A l’Eurovision, on veut le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière. Il ne suffit pas d’être frais et moderne pour récolter des points (Twin Twin), ni d’avoir une grande voix, un texte émouvant et une jolie mise en scène (Lisa Angell), ni d’être alternatif et classe (Amandine Bourgeois), ni d’être belle et contemporaine (Anggun), ni d’être bons vivants et rythmés (Fatals Picards) etc…

    • Twin Twin étaient modernes, pas forcément frais et ont chanté faux. Chanter faux dans un concours de chant, c’est compliqué pour avoir des points, parce que chanter juste c’est quand même la base… Lisa Angell chantait un texte carrément déprimant, dans une mise en scène qui concentrait tous les clichés eurovisionnesque passéistes (les colombes, les tambours…). Amandine Bourgeois était effectivement alternative, pour la classe, c’est subjectif. Anguun était belle et contemporaine, certes. Mais elle n’a rien faire pour séduire le jury pro: aucun effort pendant la représentation de la veille lors de laquelle votaie t les jurys professionnels, comme si c’était gagné… Eh bien non, sur scène il faut donner le meilleur… Les Fatal Picards étaient complètement hors sujet eurovisionnesque. On peut être décalés mais rester compréhensibles d’un point de vue international. Ici c’était du private joke forcément voué à l’échec… Bref, là maintenant, la France a compris ce que l’Eurovision attend et 2016 sera une excellentissime année eurovisionnesque pour l’hexagone. Je vous parie une bouteille de champagne, top là? 😉

      • Et bien pourquoi pas pour la bouteille de champagne ? 😉 Comme je l’ai dit, mon coeur veut croire à une victoire mais ma raison me pousse à dire qu’il ne faut pas trop compter sur un top 3.
        Pour Lisa Angell, le texte et le début de la performance étaient très tristes certes mais la fin poussait à l’abnégation et au besoin d’aller de l’avant (avec les tambours et la ville fleurie).
        Ce n’est pas tant que la thématique était triste. La Hongrie en 2014 avait bien fini 5ème en chantant la maltraitance des enfants. Mais il est vrai qu’Andras avait le punch (refrain très efficace), le moderne, la chorégraphie et le physique qui manquaient à la France de 2015.
        Bon 1er Mai à vous ^^

      • Va pour la bouteille, on en reparle le 14 mai à minuit! Et ne manquez pas de nous suivre ici, nous serons à Stockholm pour vous faire vivre toute l’effervescence eurovisionnesque sur place à partir de jeudi prochain! Bon premier mai, mais aussi bon 10, 12 et 14 mai, la semaine du Nouvel An quoi!

  4. Excellente et très objective analyse …….Etant né en 1952 ….. J’en ai vu beaucoup depuis Isabelle AUBRET et « la Source » qui fût un tube en son temps…..Et cette année , enfin j’y crois …. enfin un top 5 est possible ………..voir le sacre …..!!!!!!

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